L'histoire :
Au petit matin, un jeune homme encapuchonné fait un jogging dans les rues désertes de la cité balnéaire de Malaga, hors saison. Il n’y a pas âme qui vive, un seul bateau amarré dans la marina, aucune voiture sur les parkings du centre ville, le soleil est rasant. Il s’arrête longuement pour observer un cheval blanc dans son carré. Puis alors qu’il prend un café en terrasse, un enfant mendiant tente – en vain – de lui piquer son smartphone. Le jeune homme achète une salade toute-faite puis rentre à sa chambre d’hôtel, au sein d’un établissement tout aussi dépeuplé que le reste de la ville. Dans l’obscurité, il fait un jeu vidéo violent. Un bruit dans le couloir le met en alerte. Flingue à la main, il regarde par le judas. Ce n’est qu’un touriste bedonnant, en chemise hawaïenne, qui arrive avec ses valises à sa chambre. Le soir venu, le jeune homme se paie les services d’une prostituée. Puis il rentre à sa chambre. Il attend visiblement quelque chose ou quelqu’un. C’est le touriste voisin qui va le sortir de sa torpeur en sonnant à sa porte. Il est en quête de tire-bouchon et il tente maladroitement d’expliquer ça en espagnol, à l’aide d’une appli de traduction… Derrière le judas, le jeune homme ne fait aucun bruit.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Il est premièrement surprenant, quand on commence à feuilleter ce one-shot de la collection Grand angle, de n’être accompagné par aucun texte. Les auteurs installent l’ambiance d’une station balnéaire dépeuplée, hors saison, où ce qui ressemble à un jeune braqueur en fuite, se planque. En creusant un peu en dehors de cet album, on apprend que l’Andalousie sert de refuge aux criminels français en cavale. Très rapidement, ce climat mélancolique de ville fantôme, ce bijou de narration muette, impose une vraie tension de thriller. Qu’est-ce qu’attend Saïd ? On apprendra son (faux) prénom à l’occasion de la relation paradoxale qu’il noue avec un touriste voisin épanoui et cordial, prof de SVT, adepte d’horticulture et de photo. L’exact contraire de ce braqueur renfermé et angoissé, qui semble au bout d’un parcours réussi et ô combien décevant. Car Saïd se sent traqué. Et la jovialité insouciante de ce providentiel voisin d’hôtel lui offre l’opportunité de relaxation qui lui manquait. Ce thriller intimiste parfaitement immersif est dessinée dans un style semi-réaliste par un nouveau-venu dans la bande dessinée, authentique prof de SVT (lui !), James Blondel. Accompagné par une colorisation plutôt ocre (soleil rasant oblige), le découpage alterne des cases en gaufrier classique et se ponctue régulièrement de doubles-pages panoramiques, qui assoient l’atmosphère.