L'histoire :
De nos jours, dans la capitale française, Albane est ce que l'on appelle dans le monde de la parfumerie un « Nez ». Créative et dotée d'un odorat très poussé, dû en partie à sa jeunesse en Polynésie française, la jeune femme végète depuis 5 ans dans une société frileuse manquant cruellement d'audace et de créativité, à tel point que tous ses projets sont rabroués. Albane décide de jeter l'éponge et de se tourner vers le monde du café. Elle rencontre M. Mallaret, directeur de la société Ethic Café qui évolue dans un marché de niche : le café équitable. Ayant la faculté de mettre des mots sur ses sensations en bouche, à l'image d'un œnologue, elle est embauchée. Albane se déplace de plantation en plantation pour apprendre et comprendre les différents stades de maturation du café et sa récolte. Or en parallèle, le directeur ne joue pas franc-jeu avec les principes du commerce équitable. Car avec l'aide d'un trader, il manipule la bourse pour payer moins cher sa matière première. Une plantation d'exception refuse le nouveau prix proposé par la société Ethic Café et découvre avec effroi qu'un mystérieux individu empoisonne et boute le feu à leurs productions…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Etes-vous plus Arabica que Robusta ? Préférez-vous le petit serré, le double ou le long ? Le faites-vous au filtre, à la turque ou à la machine expresso ? L’appréciation du café dépend grandement des goûts personnels. La force de cet album est assurément le thème du café équitable. C'est malin et extrêmement bien choisi. En tant que consommateur, le constat de l'European Free Trade Association en 1998 était amer. Les prix des marchandises vendues sur le marché international ne reflétaient pas les coûts réels de production. Ils étaient fixés le plus bas possible, sans tenir compte des conséquences humaines, sociales ou écologiques. Vingt ans plus tard, la situation a évolué, mais certains grands labels à l'image de Fair-trade Max Havelaar sont malmenés dans des scandales humains et financiers. Même s'il est âprement critiqué par les professionnels de la branche, le reportage de Donatien Lemaître, Le business du commerce équitable dresse un portrait peu reluisant de ce commerce. L'inépuisable Corbeyran, qui réalise la prouesse d'épingler son nom à pas moins de quatre albums sortis ces trois derniers mois, nous livre un scénario dans la même veine que les séries Château Bordeaux (Glénat) et Cognac (Delcourt). Il met en avant l'histoire d'une femme qui n'est pas du métier et qui va se lancer dans une nouvelle carrière où il est difficile de se faire une place et où la gente masculine est particulièrement misogyne. De son côté, Luc Brahy excelle dans la représentation de la nature et des végétaux, à l'image de Gallé ou Daum, à l'apogée de l'art nouveau de l'école de Nancy. Le lecteur appréciera les nombreux passages de la jungle à la ville et des cases pluvieuses joliment représentées. Même si l'action met du temps à se mettre en place, on sent que les auteurs en ont sous la pédale pour le prochain tome. Vous reprendrez bien un petit café pour patienter ?