L'histoire :
L'aventurier Orth a réussi à rejoindre la petite ville d'Ushuaïa, en Terre de feu, pour y faire soigner son compagnon Duca gravement blessé à la jambe et à l'oreille. Duca a intégré l'infirmerie du pasteur Bridges, mais il lui faut l'intervention d'un médecin au plus tôt, au risque d'être amputé. Or les militaires argentins en faction refusent à Orth l'utilisation de leur bâteau à vapeur pour rejoindre le camp scientifique français où se trouve un médecin, en raison d'une panne. Orth pense plutôt qu'il s'agit d'un prétexte du colonel Lagarigue pour exercer son autorité. De nuit, il « emprunte » donc le vapeur et parvient in extremis à décider le pasteur de l'accompagner, par l'entremise de sa charmante fille adoptive Anna (qui est un petit peu amoureuse de cet aventurier humain...). Tombé à l'eau en tentant de les stopper, Lagarigue est furieux. Par une météo ensoleillée, les premières heures de traversée d'Orth, Anna et Bridges sont paisibles, accompagnées par une colonie de baleine. Mais en une fraction de seconde, la chaudière explose ! Trempés, ils regagnent la berge et font un feu pour se sécher. Des indiens Yamana, une tribu autochtone primitive, acceptent alors de conduire en pirogue Anna jusqu'au camp français, elle qui est native du pays et parle leur langue.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Annoncé depuis des mois et sans cesse repoussé (en raison des difficultés financières des Humano), le second volet de Cap Horn sort enfin, plus de 4 ans après la mise en bouche de la série. Cette grande épopée historique est un peu l'équivalent d'un western sur les terres australes des gauchos (cow-boys argentins), plus précisément sur l'archipel de Terre de feu. Heureusement, l'attente n'aura pas été vaine : le réalisme est une nouvelle fois au rendez-vous, le souffle épique nous ébouriffe, la magie opère. Le scénariste Christian Perrissin nous avait déjà fait le coup, avec l'excellent El Niño. De nouveau, il réussit la gageure d'allier le romanesque à l'authentique : le contexte se fait quasi didactique (d'un point de vue historique, ethnologique et naturaliste) et les rapports psychologiques sont crédibles sans se départir des contingences à grand spectacle. Ainsi, le héros Orth est un ersatz d'Indiana Jones : un « aventurier » dont on ignore encore les motivations, mais assurément humain, cultivé, intelligent, séduisant... Et Anna, archétype de la tendre et innocente héroïne, ne s'y trompe pas en se laissant séduire. Ce couple star se débat avec une belle brochette de méchants, plus ou moins salauds, traitres ou martyrs. Bref, un casting équilibré. L'adhésion du lecteur est totale et encore facilité par le joli dessin réaliste d'Enea Riboldi, qui pâtit juste d'une colorisation un peu saturée (problèmes d'impression ?). Si les enjeux restent encore à être précisés, les périls affluent de toutes part, et on ne voit pas les 54 planches passer. Ouf, le tome 3 (L'ange noir du Paramo) ne devrait pas trop se faire attendre...